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Giordano Bruno
Metalliens

Giordano Bruno

Plus qu'un philosophe, Giordano Bruno apparaît comme un Mage lorsqu'il rédige et publie ses ouvrages traitant de mnémotechnie.

 

France Yates, dont l'objet des recherches vise à recadrer la philosophie brunienne dans le contexte hermétique et magique de son époque, a montré que cet art figuratif peut être assimilé à la magie puisqu'il permettrait d'obtenir la connaissance universelle. Devenu une mode dans les milieux intellectuels de la Renaissance, l'art de la mémoire permet d'imprimer des images archétypales.

 

Axés sur le culte solaire et empreints d'hermétisme, les deux premiers livres de Bruno concernant la mnémotechnie se révèlent de véritables guides pour obtenir " tous les pouvoirs de l'âme ". De Umbris Idearum se présente sous la forme d'un dialogue entre 3 personnages : Hermès, Philothine et Logifer, le premier connaissant l'art magique des images révélées qu'il va transmettre à ses deux disciples. La mnémotechnie est apparentée au soleil et l'ensemble du livre se développe sur thème de magie solaire instruite par le Trismégiste.

 

Suit alors un catalogue mystique de 150 images sur lesquelles est fondé le système magique de la mémoire, profondément inspiré de La philosophie Occulte d'Agrippa. Se succèdent les images des 36 décans, celles des 7 planètes (au nombre de 7 chacune), des 28 images des demeures lunaires complémentées par l'image du Draco Lunae et enfin, les 3x12 images des maisons astrales.

 

Par exemple, on trouvera la première image de Saturne décrite ainsi : " Un homme avec une tête de cerf, sur un dragon, avec, dans sa main droite, une chouette qui dévore un serpent ".

 
Illustration de Cantus Circaeus

Le Cantus Circaeus reste dans cette lignée et présente Circée, fille du Soleil, comme un Mage récitant de longues incantations planétaires.

Les premières pages de l'ouvrage sont un récapitulatif de tous les noms du Soleil, de ses attributs, des animaux et plantes qui lui sont associés et dont les pouvoirs permettent d'attirer sur soi l'âme solaire. Circée réitère ensuite ses formules pour chaque puissance planétaire : la Lune, Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure.
Bruno apparaît comme un maître dans l'art d'inventer des systèmes d'images magiques et talismaniques. Comme l'a montré France Yates, le caractère hermétique de ses ouvrages est frappant puisque les images sont intégralement vidées de leur sens chrétien et en appellent à l'hermétisme égyptien que le philosophe juge supérieur au christianisme. C'est pourquoi L'expulsion de la bête triomphante, écrit deux ans plus tard, sera une véritable apologie de la religion magique des Égyptiens et inspiré, selon France Yates, de l'occulte Asclépius.

 
 

Pour son dernier ouvrage publié en 1591, Bruno se consacre une nouvelle fois à la mnémotechnie magique et astrologique. De la Composition des signes, des images et des idées se présente sous la forme d'un catalogue planétaire centré autour du Soleil et de ses attributs.

Incroyablement sophistiqué et illustré par les représentations planétaires classiques, l'ultime traité de Bruno révèle le découpage scrupuleux de la mémoire. Son complexe procédé s'articule autour de "12 principes" auxquels se greffent parfois des principes secondaires et que France Yates a répertoriés de la manière suivante :

Le Soleil - Illustration de la Composition des signes, des Images et des Idées - Francfort - 1591

 

  Principes Elémentaires Principes Elémentaires
1 Jupiter Junon
2 Saturne  
3 Mars  
4 Mercure  
5 Minerve  
6 Apollon  
7 Esculape Circé, Arion, Orphée
8 Sol  
9 Luna  
10 Venus  
11 Cupidon  
12 Tellus Océan, Neptune, Pluton

À chacun de ses principes correspondent des images magiques où Bruno multiplie les attributs négatifs et positifs. À l'instar de De Umbris Idearum, le soleil apparaît comme un fédérateur et correspond à la richesse, l'abondance ou encore la fertilité. Circé tient toujours son rôle de magicienne, puissante et dont le pouvoir est à double tranchant.

France Yates explique que la magie brunienne, cachée derrière son aspect mnémotechnique, permettrait à l'initié de s'accorder les pouvoirs bénéfiques de chaque principe afin de devenir le " Mage solaire, jupitérien ou vénusien ". En d'autres termes, son art de la mémoire exprime le moyen de s'attirer l'influence des étoiles, de s'identifier à un pouvoir et d'avancer vers le divin pour se confondre avec lui.

 

 

 
 

Traité « contre les mathématiciens »

Au début de l’année 1588, Bruno quitta Wittenberg et se rendit à Prague, où il séjourna environ six mois. C’était là que résidait, au milieu de sa cour, l’empereur Rodolphe II, qui rassemblait sous son aile protectrice des astrologues et des alchimistes venus de l’Europe toute entière pour l’aider dans sa quête mélancolique de la pierre philosophale. Bruno n’était pas un hermétiste alchimique pratiquant, mais il essaya d’attirer l’attention de l’empereur sur sa « mathésis », et lui dédia un livre, publié à Prague, sous le titre provocateur de Articuli adversus mathematicos.
Ce traité « contre les mathématiciens » est illustré d’une curieuse collection de diagrammes reproduits ci-dessous.

 
 

Ils ont une apparence vaguement géométrique, mais avec l’intrusion occasionnelle de quelques objets intéressants, comme des serpents ou des luths. L’un, qui porte le titre égyptien de « Theuti Radius » (fig. 13a) est orné d’un motif comportant des zig-zags et des points, et ressemble à une variation sur un thème fondé sur les caractères des planètes. Un autre, tout aussi décoratif, est appelé « Theuti circulus ». Un petit objet curvilinéaire se trouve dans un autre diagramme (fig. 13b). On peut voir dans ce « vers » la représentation des « liens » avec les démons.
Il est probable que Bruno grava lui-même les planches de ces diagrammes, car ils ressemblent par leur style à ceux du De triplici minimo, qui furent gravés, à en croire les affirmations de l’imprimeur, de la main même de Bruno.

 

 

 

 

 

 

Trois diagrammes (fig. 11a, b, c) sont des variations sur le thème de l’intersection des cercles. Le texte affirme sans ambages que le premier diagramme représente la mens universelle, le deuxième, l’intellectus, et le troisième, la « figure d’amour » qui harmonise les contraires et unifie la multiplicité dans l’un. Ces trois figures, dites les plus « fécondes », représentent la trinité hermétique comme elle est définie par Bruno dans les « Trente Statues ». La troisième, l’amoris figura (fig. 11c) porte même les lettres du mot Magic inscrites dans le diagramme. Notons également que Bruno se servait dans ce traité de l’étoile pour signifier « amor ».

 

 

 

L’Empereur donna de l’argent à Bruno pour sa mathésis « contre les mathématiciens », mais sans lui octroyer le moindre emploi. Bruno poursuivit son chemin jusqu’à Helmstedt.
L’approche scientifique ou authentiquement philosophique n’est pas la seule manière d’appréhender Giordano Bruno. Sa nouvelle philosophie est analysée par des spécialistes comme un message religieux. En effet, certains diagrammes de ses œuvres pouvaient correspondre aux symboles d’une secte.

Parmi les textes les plus représentatifs de la philosophie cosmologique de Giordano Bruno se trouvent le Souper des Cendres et De l'infini, de l'univers et des mondes qui développent son idée anti-géocentrique d'un univers infini et de la pluralité des mondes.

Sa cosmologie visionnaire, dans une période où Copernic esquisse à peine son héliocentrisme, annonce ce que sera plus tard la théorie de Kepler et les fondements de l'astronomie moderne.

 

1 - Bruno en croisade contre l'aristotélisme médiéval

Giordano Bruno se place en fervent défenseur du néo-platonisme contre les idées rationalistes et empiriques d'Aristote. Il s'oppose à sa philosophie naturelle et à la connaissance par les sens dont il s'acharne à prouver l'absurdité. Choquant les penseurs de son temps encore sous le joug d'une pensée universelle conforme à l'idée chrétienne, Bruno n'hésite pas à réfuter complètement la conception aristotélicienne d'un monde clos alors même que l'Église y puise son explication de la foi et ne tolère aucun écart à cette idée. N'oublions pas qu'à cette période, tout ce qui n'est pas issu d'Aristote ou qui tend à renverser sa philosophie est immédiatement placé au rang d'hérésie.

 
La version officielle décrit l'Univers comme un disque placé au centre d'une sphère céleste sur laquelle tourne le soleil et où sont fixées la lune et les étoiles. L'Homme est la seule créature de Dieu. A cette vision " précaire ", Bruno répond qu'un "nombre infini de soleils existent ; un nombre infini de terres tourne autour de ces soleils comme les sept planètes tournent autour de notre soleil. Des êtres vivants habitent ces mondes".
 
2 - De l'infinité des mondes et de Dieu

Entêté et audacieux, Bruno attaque, arguant que "qui nie l'effet infini, nie la puissance infinie".

 

Alors que Copernic annonce sa théorie de l'héliocentrisme selon laquelle les sphères célestes, dont la Terre, tournent autour du soleil, centre de l'univers, Bruno va plus loin. Le philosophe admet le mouvement de la Terre mais si Copernic parle de la sphère des fixes (les étoiles) comme d'un élément immuable et statique, Bruno explique qu'il s'agit d'une illusion produite par la rotation de notre planète.

 

Ainsi, il réfute l'idée d'une cosmologie finitiste à laquelle Copernic restait attaché et expose sa conception d'un univers infini. Il vide en quelque sorte les théories de Copernic de ce qui leur restait de l'influence aristotélicienne et pousse l'héliocentrisme jusqu'à l'idée d'une infinité des mondes où l'homme n'a pas l'exclusivité.

 

Il répond aussi au géocentrisme chrétien, plaçant l'homme au centre de l'Univers, par un relativisme audacieux pour son époque : "Il n'y a pas de haut ni de bas, pas de disposition absolue dans l'espace. Il n'y a que des positions relatives aux autres. Partout il y a un incessant changement de positions relatives à travers l'Univers et l'observateur est toujours au centre des choses".

 
 
3 - Le philosophe animiste

À sa théorie sur les mondes innombrables, Bruno ajoute l'idée que la nature est régie par des "esprits". Selon lui, chaque chose, objet, élément animé ou non est doté d'une âme : "Il n'est pas de réalité qui ne soit accompagnée d'un esprit et d'une intelligence".

 

S'opposant au déterminisme d'Aristote et à la conception catholique, Bruno explique que l'âme est un principe actif et interne assurant l'harmonie, que "c'est elle qui gouverne, meut, vivifie, maintient et contient". Il ajoute dans La cause, le Principe et l'Un son idée d'unité : "l'âme de l'homme et celle des bêtes ne font qu'un, elles ne diffèrent que par des dispositions extérieures". Cette âme, identique et présente dans tout élément vital ou non, est celle du monde qui possède son propre intellect et qui apparaît comme le principe de la nature

 

Contre l'idée aristotélicienne de la divisibilité de la matière jusqu'à lui faire perdre sa réalité, Bruno avance la thèse selon laquelle "l'univers infini suppose l'existence d'une matière constituée d'atomes insécables".

 

Mais ce n'est pas tout, Jacques Attali voit en lui un véritable pionnier de l'atomisme, l'ancêtre de Mendeleïev, un visionnaire de la science génétique lorsque le philosophe écrit en 1590 qu'il "n'est pas nécessaire qu'il y ait beaucoup de sortes et de formes d'éléments infimes, comme du reste de lettres non plus pour former d'innombrables espèces".