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Europe






1. Les arguments des partisans du "oui" :

Les partisans de l'entrée de la Turquie se regroupent en deux familles distinctes : une partie de la droite libérale et atlantiste d’une part, la gauche multi-culturaliste d’autre part.

1. 1. Les arguments officieux : Les motivations géostratégiques et économiques des partisans de la Turquie dans l’Europe.

a) Économique :

La position allemande s’explique par les ventes d’armes faîte à la Turquie pour 2 milliards d’euros (chars léopard).
Pour l’Italie, Berlusconi est intéressé par le secteur audiovisuel turc.
Je ne peux m'empêcher de penser à cette phrase de Lénine « les capitalistes nous vendront la corde pour les pendre ». Et c'est un fait que ce sont les groupes de pression économique et les chambres de commerce qui ont joué un des rôles les plus actifs pour favoriser l’entrée de la Turquie dans l’union européenne.

b) Géopolitique :

Brzezinski a dit : « L’Amérique devrait profiter de son influence en Europe pour soutenir l’admission éventuelle de la Turquie au sein de l’Union Européenne ».

L'idée est de faire rentrer la Turquie dans l'Europe d'une part en favorisant l'émergence d'un Islam "modéré" ou un Islam des "lumières" pour reprendre l'expression de COHN BENDIT. Pour quelles raisons ?

- Le Lobby de Washington :
L’Eurasie est la zone la plus stratégique du monde.
Les nations turcophones et musulmanes de l’ex-URSS sont détentrices d’importantes réserves d’hydrocarbures et sont des zones de passage pour les futurs oléoducs et gazoducs.
Bastion avancé de l’OTAN, la Turquie est un bouclier naturel contre les états voyous du proche orient et surtout un pays de transit sûr pour le gaz et le pétrole du Caucase et de l’Asie centrale (Turkmenistan, Kazakstan). En assurant le transport du pétrole et du gaz de la mer Caspienne, la Turquie prive l’Iran et la Russie du contrôle des transits d’énergie.
L’entrée de la Turquie dans l’UE vise également à séparer l'Europe de la Russie, bien que la Russie soit plus européenne que la Turquie.
Brzezinski explique que l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et la Turquie représentent un pivot stratégique et géopolitique majeur à contrôler.
La nouvelle idée des USA est de faire de l’Irak, du Koweit et du Qatar des bases pétrolifères et militaires, aux côtés de la Turquie pour créer un islamisme modéré.
Erdogan a été reçu en personne par Bush le 10 décembre 2002 qui invite l’Union « à accélérer la procédure de la candidature de la Turquie ».
D’après le diplomate italien Sanguinetti : “ l’appui US à la Turquie vise à affaiblir l’Europe et à neutraliser l’autonomie décisionnelle de l’Europe et à submerger la forteresse Europe au moyen de flux migratoires ”.

Contrairement à ce que peuvent penser les partisans de l'entrée de la Turquie pour des raisons économiques et marchandes, l'entrée de la Turquie risque d'affaiblir l'Europe non seulement politiquement mais économiquement.

Faire rentrer la Turquie dans l'Europe c'est renoncer à une Europe puissance.

1.2 Les arguments officiels et idéologiques :

a) L'argument du « club chrétien » et du « choc des civilisations » : Faire rentrer la Turquie est le meilleur moyen d'éviter le choc des civilisations.

Cela suppose que les deux partenaires jouent le jeu.
Se pose alors la question de la mutation du kémalisme en islamo-nationalisme et du double langage actuelle de la Turquie. On a beaucoup vanté le caractère spécifique et laïc de la Turquie. Cependant, il faut savoir qu'il se produit depuis plusieurs décennies une mutation du kémalisme en une fusion avec l'islamisme pour former un mélange hybride d'islamo-nationalisme.
Il suffit de lire un livre d'histoire à la disposition des petits écoliers turcs pour mesurer que la laïcité et l'occidentalisation de la société turque ont leurs limites : "La nation turque s'étend sur le continent asiatique , des pâturages de l'Iran à l'Océan Glacial Arctique. Les Turcs ont rendu de grands services pour le développement et la diffusion de la religion islamique. Et c'est contre l'Europe entière que les Ottomans ont poursuivi cette oeuvre de protection de monde musulman".
Là aussi, on est loin du discours officiel turc selon lequel " La Turquie est un morceau d' Europe(...) Les Ottomans n'étaient pas les adversaires du christianisme et vécurent longtemps en paix avec les orthodoxes".
Enfin, il ne faut pas perdre de vue que pour un musulman, mentir à un infidèle n'est pas un pêché. Autrement dit, lorsqu' Erdogan fait des promesses dont il sait qu'elles ne seront pas tenues, cela est permis si cela permet l'extension de l'Islam.
Au contraire de ce qui communément dit, l'intégration de la Turquie va avoir pour effet d’importer les problèmes du moyen Orient en Europe et attisera encore plus le choc des civilisations. Faire l’autruche par rapport à un problème n’a jamais eu pour effet de le résoudre.

b) Faire rentrer la Turquie dans l'Europe, c'est favoriser sa démocratisation :

Là où les partisans de l'entrée de la Turquie se trompent, c'est en confondant la nécessaire démocratisation de la Turquie avec son entrée dans l'Europe. Faut-il intégrer la Chine communiste ou la Corée du Nord dans l'Union Européenne ?
De manière plus sérieuse on peut citer l'exemple du Japon : pays asiatique et ancien ennemi des Etats Unis devenu un pays démocratique et allié. Mais en aucun cas, les aides américaines ne se sont traduites par l'intégration du Japon dans les Etats-Unis !
Si le but est de favoriser la démocratie universelle, il existe d'autres moyens que l'intégration européenne. A moins de rêver à la reconstitution de l'Empire d'Alexandre, qui n'a du reste pas succédé à la mort d'Alexandre.

c) Refuser l'entrée de la Turquie c'est s'exposer à une réaction de désespoir des turcs : c’est une promesse déjà faite. Il ne faut pas désespérer Billancourt :

Le manque de clarté et de franchise des diplomates européens est la cause du problème. Plutôt que de s’engager sur un terrain difficile, ne peut-on pas dire clairement que l'Europe n'a vocation à accueillir que des pays européens et proposer une solution alternative à la Turquie ?
La colère des turcs sera encore plus grande dans dix ans lorsqu’après avoir accompli des efforts, pour se mettre aux normes, on leur refuse d’entrer dans l’Europe.
C’est le manque de clarté que nous entretenons actuellement avec les Turcs qui leur donnera demain l’impression qu’on s’est moqué d’eux.

2. Conséquence de l'entrée de la Turquie : la fin de l'Europe :

a) L'adhésion de la Turquie change la nature de l'Europe : la fin d’une Europe puissance.

C'est la victoire de l'Europe marchande et de l'intermédiation universelle de MONET sur l'Europe de l'enracinement continental de SCHUMAN.
Giscard d'Estaing a dit : « Si la Turquie rentre dans l'Europe, c'est la fin de l'Europe ».
Comme le note J.L.BOURLANGES “ l'adhésion proclamée de la Turquie sonne le glas de deux ambitions qui sont depuis 50 ans à la base de l'entreprise : l'affirmation politique d'une unité de civilisation et la mise en place d'une capacité commune d'action au niveau fédéral (...) L'hétérogénéité culturelle de la future union lui interdit de devenir une véritable communauté politique et transformera les institutions en autant champs clos de rivalités nationales ”.
L'adhésion de la Turquie est la promesse d'une Europe molle et querelleuse qui risque de devenir une super ONU régionalisée renonçant à toute idée de puissance.
Régis DEBRAY “ L’Europe business peut faire l’impasse sur ses frontières, car on a pas besoin d’identité pour échanger des marchandises. Une Europe puissance, elle doit se circonscrire, car il n’y a pas d’action au dehors sans l’assurance d’un dedans. Un problème de limite géographique est un problème d’identité spirituelle à la limite du principe vital ”.
A ce sujet, la délimitation des frontières a toujours été refusée par les puissances impérialistes (Espace vital d’Hitler).

Le prophète Isaïe disait : “ Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas ”.

b) Une bombe géopolitique :

Ankara convoite depuis toujours le pétrole des régions de Mossoul et de Kirkouk.
De même un important contentieux relatif au partage des eaux du Tigre et de l'Euphrate oppose la Turquie à la Syrie et à l'Irak. La gestion des barrages turcs entraîne une diminution du débit de l'Euphrate qui traverse la Syrie.
L’entrée de la Turquie va avoir pour conséquence une importation des problèmes du proche et moyen orient en Europe.

c) Une bombe démographique :

-71 millions de turcs dont 25 % déclaraient vouloir entrer en Europe.
-100 millions de turcophones ayant vocation à être citoyens turcs

Avec l’entrée de la Turquie, l'Europe serait peuplée à 25 % de populations musulmanes dans un premier temps puis 50 % dans un deuxième temps avec une représentation au parlement européen.

c) Le coût de l’adhésion : aux libéraux qui ne raisonnent qu’en terme de profit et qui affirment que l’entrée de la Turquie sera une chance pour l’économie.

Les européens consacrent déjà dés cette année 300 millions d’euros d’impôts pour la Turquie au titre d’Etat pré-adhérent, 500 millions en 2006 et 25 milliards en 2015 au détriment d’une aide que l’on pourrait apporter à des pays frères comme la Roumanie ou la Serbie.
De plus, la Turquie est un des quatre pays les plus endettés du globe. Sa dette extérieur représente 90 % de son PIB.

En déclarant que si la Turquie rentrait dans l’Europe, il n’y aurait plus d’Europe, Giscard d’Estaing en tant que principal rédacteur de la constitution, est bien placé pour analyser les conséquences de ce nouveau venu.
L’initiative d’organiser un référendum sur la constitution alors que dans un même temps les dirigeants européens ont montré avec quel mépris ils traitaient les opinions européennes – on le voit aussi avec la directive Bokelstein – ne peut que laisser la place à une confusion et à la défiance.
De plus, l’absence de définition claire de la notion d’Europe et de ses contours géographiques, dicté par des impératifs idéologiques laisse la place à toutes les extensions possibles.
Les peuples ont le sentiment légitime que leur destin leur échappe et ils ont raison.
Ils ne sauraient accepter la politique du fait accompli pas plus qu’il ne fallait accepter les accords de Yalta consacrant l’abandon au bloc communiste de nos frères de l’est.

La seule arme citoyenne dont ils disposent est précisément ce référendum en demandant de revoir la copie.
La victoire d’un oui risque fort de donner un blanc seing à Chirac sur la question de la Turquie.
De plus quelle valeur aurait un référendum dans dix ans quand les opinions auront été préparées et que la Turquie aura fait des efforts ?

Le 29 mai prochain, date anniversaire de la chute de Constantinople et de la victoire de l’Islam en cette terre qui fut une terre chrétienne, sera certainement décisive.
Quelle qu’en soit l’issue, cela ne doit pas nous arrêter dans cette aventure de la construction d’une Europe non pas sur les sables mouvants du matérialisme marchand mais sur le roc solide de l’identité historique, culturelle et spirituelle.

Que cette date soit le début de la reconquête européenne, non une reconquête agressive, mais une reconquête des âmes et des cœurs pour l’Europe, la jeunesse et la liberté.

Article de Frédéric GUILLAUME