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DRUDKH
Metalliens

DRUDKH

Commentaire personnel sur la discographie des ukrainiens de Drudkh...



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~FORGOTTEN LEGENDS~

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1 - False Dawn
2 - Forests In Fire And Cold
3 - Eternal Turn Of The Wheel
4 - Smell Of Rain



L’an deux mille trois est à marquer d’une pierre blanche dans l’univers du Black Metal, c’est cette année précisément que Drudkh apparaît sur la scène avec Forgotten Legends. Leurs membres ne sont pas méconnus pour autant puisqu’ils font également parti de formations aussi excellentes que respectées, à savoir Hate Forest et Astrofaes. Mais cette fois ils explorent une nouvelle voie dont on a pu percevoir les prémices au travers d’Astrofaes, celle d’une totale dévotion à Mère Nature, une véritable ode à leurs terres.

Dès les premières secondes nos chers ukrainiens nous plongent dans une ambiance nocturne, plantant ainsi le décor, celui d’une paisible forêt, sauvage, non souillée par la gangrène humaine. C’est alors que le Black Metal prend le relais, ce dernier ne délivre aucune émotion de haine, contrairement à la coutume. Le rythme est certes rapide, mais sa linéarité offre un coté épique qui paradoxalement n’écrase nullement la délicate nature, au contraire, elle est même sublimée par des riffs totalement aériens. Ils paraissent tels une brise se faufilant au travers les feuilles d’une forêt magnifiée par les couleurs pastelles et dorées de la saison automnale. C’est tout un milieu à l’état brut que l’auditeur s’émerveille à parcourir, la musique se veut atmosphérique, évasive et singulièrement apaisante. Les vocaux, relativement peu présents, se fondent parfaitement à l’ambiance, cette faible présence n’est finalement pas si anodine : ils témoignent d’une puissante volonté d’offrir une musique primitive, le plus proche possible de la nature. Ils s’assimileraient davantage à une sorte de guide spirituel, faisant visiter chaque recoin retiré du territoire.
Les titres sont assez linéaires et très longs, jusqu’à seize minutes, mais de temps en temps de cette linéarité se distinguent des riffs d’une divinité incommensurable, je pense notamment au troisième titre « Eternal Turn of The Wheel » : l’auditeur est embarqué dans une ambiance céleste, et tout le long du morceau on survole littéralement les grandes étendues boisées observées de l’intérieur dans les titres précédents, cette pérégrination est somme toute assez rapide de par le caractère rapide du tempo qui, de temps à autres ralentit pour offrir une escale propice à la contemplation.
L’album s’achève par un caprice de la nature, le ciel libère des pluies diluviennes, des grondements de tonnerre se font également entendre, la métaphore d’un orage chaud d’un soir d’été…
L’artwork est à l’image de la musique : peu d’écrits, le livret renferme de magnifiques gravures au fusain représentant des paysages aussi sombres qu’intrigants. Très beau.
Vous l’aurez compris, cet opus est un bijou, recelant des ambiances profondes, transcendantes et envoûtantes. Drudkh entre dans la légende qui, espérons le, ne sera jamais oubliée…

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~AUTUMN AURORA~

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1 - Fading
2 - Summoning The Rain
3 - Glare Of Autumn
4 - Sunwheel
5 - Wind Of The Night Forests
6 - The First Snow



C’est seulement un an après le très prometteur Forgotten Legends, album aux ambiances envoûtantes, que Drudkh sortit Autumn Aurora, aux mélodies plus travaillées, plus variées et assurément plus évasives. Le message que le groupe semble vouloir transmettre au travers de sa musique est le dévouement le plus total à leurs terres, souillée par la race humaine, en peignant une toile d’une Nature calme, paisible, majestueuse.
Nous sommes directement plongés dans leur univers dès le premier morceau, au cœur de la forêt, les oiseaux chantent accompagnés d’une douce mélodie de la guitare sèche, semblable à une ballade. C’est à partir du deuxième titre que l’opus démarre véritablement, le constat évident est la production plus épurée, mettant ce coté aérien davantage en valeur. C’est un morceau qui me fait penser à une visite des sous-bois ukrainiens, on admire, on contemple, on s’émerveille par la beauté du paysage, pour rien au monde on ne souhaiterait l’égratigner. Les vocaux sont très bien interprétés, mais peu présents pour privilégier le coté atmosphérique de la mélodie, jouant le rôle d’instrument supplémentaire, en effet ils ne sont pas haineux pour un sou et semblent être en symbiose parfaite avec la musique. Le troisième titre est le complément du précédent, uniquement instrumental, où on apprécie le caractère rêveur du clavier mêlé au Black Metal atmosphérique, l’auditeur est bercé par les aléas du vent surplombant les magnifiques formations boisées du territoire. Les deux morceaux suivant sont à l’effigie du reste, c’est à dire planant, aux tendances pagan. Notons au passage la présence de clavier dans cet album, non utilisé pour Forgotten Legends, il justifie ici son rôle indispensable, sans en faire trop il allie simplicité et efficacité pour nous offrir une atmosphère des plus évasives qu’il soit. Le jeu de batterie n’est pas en reste, on se souvient du caractère redondant de ce dernier dans le précédent album, ici il est beaucoup plus construit, l’ambiance dégagée lui est en partie dû. Et enfin la dernière offrande est de nouveau instrumentale, presque ambiante, plutôt répétitive, sans rythmique et toujours atmosphérique, le seul bémol serait la longueur trop exagérée de cette outro qui tarde à finir du haut de ces neuf minutes. Ceci dit l’opus dans son ensemble est d’une rare qualité, la scène Est-Européenne regorge de formations toutes aussi brillantes les unes que les autres. Quelques mots sur l’artwork : très maigre, pas d’écrits, le groupe ayant préféré laisser place aux paysages à l’effigie de leur musique.
Morceaux conseillés : Summoning The Rain, Glare Of Autumn et Wind Of The Might Forests.

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~THE SWAN ROAD~

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1 - 1648   
2 - Eternal Sun   
3 - Blood
4 - Glare Of 1768
5 - The Price Of Freedom
6 - Fate
7 - Song Of Such Destruction


   The Swan Road est le troisième joyau des ukrainiens de Drudkh ; après avoir exploré le coté céleste sur leurs deux précédents opus, en particulier Autumn Aurora, ces ukrainiens reviennent dans un esprit plus terre à terre en s’employant à offrir des compositions nettement plus pagan et slaves. La première indication à noter est la disparition du clavier, élément qui décuplait le caractère aérien, faisant voyager l’auditeur dans les cieux au gré des vents ; néanmoins, The Swan Road conserve plus que jamais l’empreinte locale, fidèle hommage aux terres de leurs ancêtres, l’introduction en est une des plus belles preuves, les guitares se font progressivement rejoindre par les cloches retentissantes d’une église, relique des coutumes persistantes d’anciens villages des campagnes ukrainiennes, héritage de traditions qui ont forgées ces contrées. L’absence volontaire de rythme sur ce prélude peut s’interpréter comme instant de découverte, de pénétration dans leurs provinces, où l’on admire ; le morceau suivant possède également sa longue introduction instrumentale de trois minutes, une ballade au rythme soutenu et planante à la fois. Tout au long de l’album le jeu de batterie se veut varié, imposant la cadence de marche à suivre à l’auditeur, globalement mid-tempo pour nous donner une immense quiétude, où l’on se fait guider par les riffs reposants et les solos envoûtants. La guitare sèche est souvent présente, je pense notamment aux premières notes de « Blood », emplies de mélancolie ; quant à la voix, fidèle à son habitude, elle se fond à merveille dans la musique et sait se montrer volontairement peu puissante pour ne pas égratigner les compositions.
  Le seul bémol à signaler est minime : si on se penche sur la qualité sonore, on s’aperçoit d’une sorte de bourdonnement strident monocorde en arrière-plan, associé à la guitare, qui peut rendre gênante l’écoute. Sans doute un mauvais mixage ; mais vous l’aurez constaté, la critique négative ne pèse pas lourd face aux multiples qualités du présent album. Ce dernier s’achève d’ailleurs par un nouveau clin d’œil à leurs racines, un morceau entier consacré à un chant folklorique traditionnel reprenant des écrits d’un poète ukrainien (Taras Schevchenko), épilogue aussi inattendu qu’original.
   L’artwork n’est pas en reste, au-delà la musique, celui-ci est aussi riche et raffiné ; tout d’abord la pochette aspire à de nombreuses réflexions : un ciel illuminé de tons rouges orangés du crépuscule, parcouru par un cortège de volatiles, le tout dominant une plaine obscurcie par la proche nuit. Le livret est consistant, beaucoup de texte rendu illisible par la langue et la police, mais qui a tout de même son charme, le tout assorti de sculptures humaines. Et enfin, l’arrière est composé d’une peinture de paysage automnal, respirant le naturel et le repos, magnifique.
  Voilà, un bel album, sans doute pas le meilleur de leur discographie, mais regorgeant de qualités. Incontournable.


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~BLOOD IN OUR WELLS~

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1 - Nav'
2 - Furrows of Gods
3 - When the Flame Turns to Ashes
4 - Solitude
5 - Eternity
6 - Ukrainian Insurgent Army



Depuis 2003, nous sommes habitués à un album de Drudkh chaque année. En ce début 2006 ce fabuleux groupe Ukrainien nous offre son quatrième opus, la qualité des trois premiers n’étant absolument pas remise en cause, on se demandait si cette formation tant productive allait pouvoir nous proposer un album digne de leur notoriété, on se souvient de Autumn Aurora que je considérais comme un (le ?) chef d’œuvre du Black Metal Atmosphérique. Et bien croyez-moi, Blood in our wells est sans doute leur plus belle œuvre, avec ce feeling qui leur est propre, donnant une dimension extraordinaire au ressenti des émotions. En effet d’habitude le Black Metal se veut une musique violente, crasseuse et nihiliste, mais Drudkh donne une nouvelle approche de ce style si particulier. Chacun de leur album est une ode à la nature, ne cherchez aucune violence ni même ambiance macabre vous n’en trouverez pas. Tout est basé sur leurs racines et un hommage à leurs ancêtres. Cette forte démonstration d’identité se perçoit au travers de nombreux passages folk au début de chaque morceau, pour nous plonger au cœur d’anciens villages slaves d’antan.

Le premier titre « Nav’ » est sans doute le plus parlant, faisant guise d’introduction, on se croirait en haut d’une falaise surplombant la vallée, à l’écoute de voix rituelles, des rythmes de tribus isolées. Nous voilà imprégnés dans leur région, on peut alors tranquillement visiter leur contrée, au grès de la musique proposée… Deuxième morceau et déjà chef d’œuvre, « Furrows of Gods » a un rythme mid-tempo et des solos divins propices à l’évasion. L’ambiance créée par les mélodies est absolument intense en émotion, l’auditeur est complètement transporté dans l’univers de Drudkh. Le son est parfait, bien meilleur que celui de The Swan Road, d’ailleurs on retrouve le clavier qui était présent uniquement sur Autumn Aurora, il est donc inutile de préciser qu’il apporte sa touche d’évasion en plus. Les guitares acoustiques sont elles aussi présentes, la voix fait partie intégrante de la musique, elle n’est pas au devant de la scène comme le font beaucoup de groupes, c’est la musique qui est primordiale, les vocaux faisant office de guide au voyage… Le titre phare de l’album –voire de toute la discographie de Drudkh- est « Solitude » une vraie merveille qui débute par un rythme effréné entremêlé de passages mid-tempo, mais dès une minute trente, tout devient plus calme, le clavier s’allie aux guitares pour créer une atmosphère des plus mélancoliques, l’auditeur est plongé dans une profonde solitude, recroquevillé dans la forêt à pleurer l’agonie de mère Nature. A noter le dernier morceau « Ukrainian Insurgent Army » demeure semblable à « Solitude », uniquement instrumental, où les mélodies dressent un tableau de la Nature, d’un coté on voit les derniers rayons de Soleil se refléter sur les feuilles ocres d’une montagne automnale, d’un autre coté les animaux vaquant paisiblement à leur occupation. Bref la beauté est le maître-mot de cette outro. A ces deux œuvres mélancoliques, se distinguent deux autres titres faisant office de ballade : « When The Flame Turns To Ashes » et « Eternity », l’auditeur est emporté par la quiétude et l’évasion. Magnifique. Malgré la longueur des titres (trois dépassent les dix minutes), l’ennui est inexistant.

Depuis Forgotten Legends, Drudkh a mûri en proposant de magnifiques solos envoûtants, une batterie et des mélodies plus variées. Un album à la hauteur de Autumn Aurora, voire peut être mieux… Je sais, mon amour fou pour Drudkh déteindra sur la chronique et l’avis que vous vous ferez de cet album, mais vraiment vous ne pouvez pas passer à coté d’un tel chef d’œuvre, probablement ce qui se fait de mieux en matière de Black Metal Atmosphérique. Le livret est toujours aussi riche en peinture, à chaque tableau correspond un titre ; on ne peut qu’être satisfait de l’artwork (même si une grande partie du texte est incompréhensible, ukrainien oblige…).
A savourer au bord d’une rivière, dans un paisible recoin de forêt, à s’imaginer la vie de nos ancêtres dans un monde moins stressant qu’actuellement.

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~SONGS OF GRIEF AND SOLITUDE~

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1 - Sunset In Carpathians
2 - Tears Of Gods
3 - Archaic Dance
4 - The Milky Way
5 - Why The Sun Becomes Sad
6 - The Cranes Will Never Return Here
7 - Grey-Haired Steppe



   Après nous avoir fait rêver sur leurs quatre premiers albums, d’un Black Metal riche en émotions, intensément profond, raffiné, Drudkh s’essaie à un tout autre registre, le folk acoustique. A première vue, il paraît très étonnant de voir un tel groupe se prêter à un tel style ; mais prenons du recul, il est finalement assez logique de se retrouver devant un tel objet tant leurs précédents opus étaient marqués d’empreintes folkloriques, d’éléments pagan, l’intention était palpable ; de plus, on connaît les penchants patriotiques, voire nationalistes de ces ukrainiens, alors quel autre genre peut au mieux exalter leur identité, magnifier leur culture ? C’est, je pense, de cette manière qu’il faut aborder cette œuvre. Il est d’ailleurs indiqué dans le livret que le concept repose notamment sur des chansons traditionnelles de leur pays.
   La guitare acoustique est donc l’instrument mis en honneur sur tous les morceaux auquel on ajoute une flûte traditionnelle, probablement la sopilka, que leurs compatriotes de Kroda m’ont fait découvrir, au son à la frontière entre la flûte de pan et la flûte familière, très apaisante et atmosphérique. Aucune rythmique ni même de voix n’est utilisée ici, certainement pour retranscrire un paysage dénué de toute civilisation, naturel, intact et prospère. Notons des clins d’œil à leurs anciens albums, je pense notamment à « The Cranes Will Never Return Here » réinterprétant l’introduction de « Solitude » (Blood in our wells) de manière acoustique.
Tout ceci nous donne un opus très reposant, et, en fin de compte, trop reposant. Voici l’énorme désavantage à mettre à leur actif. En effet, restons honnête, si Songs of Grief and Solitude n’avait pas été de Drudkh, jamais mon attention ne s’y serait portée. De ce fait, il est temps de rester objectif ; l’album est beaucoup trop mou, les mélodies ont beau être charmantes, l’ambiance globale manque cruellement de percussion et de relief, l’ennui se fait ressentir. Malgré tout, je recommande l’introduction et surtout l’outro, la flûte est davantage mise en avant avec sa sonorité envoûtante et nostalgique.
Quant à l’artwork, il est soigné, composé d’une multitude  de représentations basées sur les légendes et contes ukrainiens, et invite l’auditeur à se plonger dans l’univers féérique véhiculé par ces images.
 Un petit écart dans la discographie des ukrainiens, à s’écouter de temps à autre, mais bien en dessous du reste, dommage.

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~ANTI-URBAN~

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1 – Fallen into Oblivion
2 – Ashes



   Après leur petite escapade du coté du folk acoustique avec Songs of Grief and Solitude, Drudkh revient avec un EP cent pour cent metal, contenant seulement deux titres, faisant office d’encas pour les plus impatients d’entre nous de la sortie du nouvel album Estrangement.
Deux morceaux disais-je, mais de plus ou moins neuf minutes chacun. Le premier est purement instrumental, le rythme est lent, par dessus lequel vient se superposer un flot de riffs poignants, où les notes s’enchaînent avec nostalgie ; voici ici un titre peignant les vestiges d’un temps oublié, l’auditeur ferme les yeux et se plonge dans la méditation, à s’imaginer la vie rurale des contrées slaves d’antan…
Quant à la piste suivante, le rythme est davantage relevé, sonnant comme une ballade, où les vocaux cette fois-ci interviennent, ils diffèrent assez des autres réalisations, plus axés sur le guttural, finalement assez proches de l’époque d’Hate Forest. L’atmosphère se voit épique tout en conservant ce brin de mélancolie ne serait-ce que dans la sonorité ou dans la répétition des riffs.
Niveau production, nous sommes bien en deçà d’un Blood in Our Wells, Anti-Urban renvoie à la période de The Swan Road sur de nombreux points : qualité sonore et ambiance notamment. Ceci dit cette mini réalisation, bien que correcte dans son ensemble, souffre d’un léger manque de diversité, tout est finalement assez redondant à l’intérieur même des titres, en témoignent les plans de batterie quasiment constants ; de la part d’un groupe à la hauteur de Drudkh, on se serait légitimement attendu à une musique plus riche et structurée, espérons qu’il ne s’agisse pas là de prémices à un déclin. Attendons de voir la capacité de réaction des ukrainiens avec leur prochain album, qui, je l’espère, enfouira profondément l’appréhension ici constatée.

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~ESTRANGEMENT~

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1 - Solitary Endless Path
2 - Skies at Our Feet
3 - Where Horizons End
4 - Only the Wind Remembers My Name



   Après un Songs of Grief and Solitude presque inutile et un Anti-Urban assez décevant, Estrangement, promis comme un retour aux sources, était attendu au tournant. On remarque premièrement la structure générale de l’album similaire à Forgotten Legends, à savoir trois longs morceaux plus une courte outro. Concernant la production, elle reste proche de The Swan Road, quoiqu’un brin plus épurée, fort appréciable puisque je la considérais comme préjudiciable à cet album, trop agressive à l’écoute, ici la sonorité gagne en fluidité. Retour aux racines encore cette fois-ci au niveau idéologique, on sentait qu’au fil du temps, Drudkh donnait de plus en plus de place à l’engagement politique, que ce soit au niveau parolier ou sur le plan artistique. Ici pas de références politiques explicites, toutefois les paroles ont été empruntées à Oleg Ol’zhych, poète, nationaliste et indépendantiste ukrainien, un des fondateurs durant la seconde guerre mondiale d’une organisation underground nommée « Ukrainian National Council » ; il fut d’ailleurs arrêté par les allemands et périt dans les camps de la mort. Cependant les textes sont bien tirés de l’homme poète où ce dernier rend hommage à Mère Nature et à ses contrées, défendues avec ferveur. De ce point de vue là, on se rapproche d’un Autumn Aurora.
   Qu’en est-il donc vraiment de ce nouvel opus ? Du Drudkh pur jus, tel qu’on le connaît, avec sa fibre si personnelle et captivante. Maintes et maintes écoutes sont nécessaires pour apprécier chaque seconde s’égrenant, leur musique est tel un tableau de grand art, on y trouve toujours une innovation, un détail supplémentaire à chaque nouveau regard ; telle est la richesse musicale de ce duo ukrainien, où il faut faire l’effort de capter les subtilités et les raffinements. Les riffs et les solos sont toujours imprégnés de mélancolie, mais parfois celle-ci est mise de coté pour développer de savoureuses sensations épiques. La rythmique s’est quant à elle étoffée, les futs ont un jeu plus varié, tout comme leur sonorité, plus tranchante et offrant ainsi de la substance aux compositions ; d’ailleurs, la basse y contribue elle aussi en étant relativement bien audible. Le clavier a lui aussi sa place mais officie en arrière-plan, pour renforcer l’ambiance, telle une petite brise sillonnant les reliefs. Enfin, la voix reste inchangée, poignante et plutôt en retrait.
Deux titres se démarquent cependant ; le premier, « Solitary Endless Path », peint deux visages, tout d’abord une épopée furieuse, prenante, puis un magnifique solo amène le coté nostalgique et planant du final, sans vocaux ; on se laisse aveuglement envoûter par la mélodie, dans l’insouciance… Le second, dont le simple intitulé laisse rêveur, « Only The Wind Remembers My Name », constitue l’outro, une balade instrumentale; le dépaysement est total, notamment grâce à ce solo presque désinvolte, enchanteur, pur comme l’air…
Deux bémols à évoquer malgré tout, d’abord la production légèrement faiblarde à coté d’un Blood in Our Wells ; et deuxièmement la trop courte durée, d’à peine plus d’une demie heure.

   Quelques mots tout de même sur l’effort artistique. La version « deluxe » met en valeur le contenu musical de l’œuvre ; sous un format inhabituel, l’objet surprend tout d’abord. La pochette d’un bois jauni par le crépuscule invite à parcourir l’intérieur. Il renferme en son sein un bout de nature, de patrimoine local, avec un cd se confondant avec l’arrière-plan du boitier, dévoilant un cadre forestier automnal, bercé par un paisible ruisseau. Le livret quant à lui illustre une multitude de gravures sombres et nostalgiques, laissant libre cours à l’imagination du spectateur. Y figurent également les paroles en ukrainien et en anglais, typées manuscrites, comme sorties des temps anciens.

   Au final, si j’émettais des doutes fondés sur le devenir de Drudkh après la sortie de Anti-Urban, Estrangement prouve que le duo ukrainien est loin de l’asphyxie, et il nous le démontre de fort belle manière. Mélangeant habilement les ingrédients des trois premiers albums, il en ressort un opus riche et exquis ; nostalgie et évasion sont les deux fils conducteurs de l’œuvre, comme à l’accoutumée. Ces ukrainiens n’ont décidément pas fini de nous surprendre…