EROTOMANE (pour guts)
Des catastrophes oniriques s'amoncellent dans sa
tête...
Seule, au-dessus d'un océan noir, seule, prête à sombrer.
L'engloutissement comme une menace palpable. Et sa plume comme une
ancre sur le papier de l'inconscient. Toute femme se noie entre les
lignes-vagues. L'écriture se délite car les doigts tremblent. Traîtres
médicaments, médicamente-ton une âme, enfin? Ca chuchote en elle, ça
bruisse délicatement. Et sa plume qui exorcise. Toute femme se débat et
nage dans l'encre-tempête. Ca hurle horriblement et ça résone en elle.
L'écriture se délie car les doigts sont pressés, car les doigts sont
agiles. Elle l'aime absolument. Sa beauté minérale, ses silences
terrifiants. Elle aime absolument se noyer en lui. Son indifférence
pétrifiante, son orgueil infini. L'écriture est rouge car les doigts
sont en sang. Lui dans sa radicable altérité, mort du double assassinat
des jumeaux. Nostalgie de l'Un. Lui comme le séparateur. Son indicible
cruauté. Et sa douceur à elle sur ses blessures à lui. Et sa plume qui
le cicatrise...
Bientôt tu te fondras en moi comme je me fondrai en
toi.
Renaissance de l'Hermaphrodite. Bientôt, Toi et Moi, Un et Tout. Moi
comme ton absolument autre, moi ton hétérologue. Pardonne de m'être
révélée trop vite, toute enrobée d'intuitions fulgurantes. Je ne
possède pas ta logique implacable et j'en ai besoin comme d'un bijou
précieux à porter secrètement autour de mon âme. Jamais je ne serai
raisonnable, je navigue dans l'irrationnel, je nage dans la beauté d'un
monde baroquisant. J'ai besoin de toi car tu es "tout autre". Que ta
complexité complète et résolve mes complications multiples. Que ta
beauté rayonne à côté de la mienne...Que ton intelligence corrige mes
faiblesses et que mon imagination t'ouvre de nouvelles portes...Le
Grand Oeuvre: je te porte un amour alchimique. Mon amour comme une
quête sans fin, quête du mystère de l'altérité. Seule, la pensée de ton
existence suffit à m'apaiser. Je t'aime. Je t'imagine. Je t'imagine. Je
t'aime. Je pose mon âme dans la tienne. Toi encerclé. Moi ta Viviane.
Toi mon Merlin. Toi enfermé dans mon mythe. TOUJOURS TU REVIENDRAS DANS
LE CERCLE MAGIQUE. Je t'aime, je t'imagine, je t'écris, je t'écris, je
t'imagine, je t'aime. J'ai digéré chaque déception. JE T'EFFACE PUIS TE
REINVENTE.Et toi comme un puits sombre dont on ne voit jamais le fond.
De toi, dans toi, abyssal, je ne vois pas le fond.J'ai besoin de toi
comme GOUFFRE...
Anonymes murmures. Mon psychisme comme une immense bibliothèque en désordre. DES LYRES dans ma tête. Toi comme un écho dans ma tête. Toi comme la signature d'une gigantesque correspondance virtuelle. DELIRE! ont-ils dit. J'ai peur de ne plus savoir me lire. Leurs substances effacent ici et là des phrases entières, brûlent des pages, déchiquètent des chapitres de mon histoire. Accepteras-tu de me lire? Déchiffre moi comme une partition nouvelle. PSYCHOSE -ont-ils chuchoté, sur leurs lèvres terribles, j'ai deviné. Les psychiatres et leurs prisons diagnostiques...Allongée sur leurs lits blancs de clinique, je t'écris. Et dans mon imaginaire, je t 'invite...
Longtemps, j'ai vécu comme une éponge, essorée violemment par le quotidien. Moi comme un prisme de la médiocrité ambiante. Pleine d'altérités parasites. Pleine de l'eau grise du monde. Pleine de toi.

